voix, souffle, cordes

dp_sk

Si le blog, dont DP m’offre l’entrée, c’est les coulisses de son chemin de scène, de composition, de partages musicaux, alors de mon côté questionner ce dont il ne parle jamais.

Qu’est-ce qui spécifie celui qui joue d’un instrument à cordes, d’un autre qui joue d’un instrument à souffle, alors qu’évidemment ils ont la même posture, et se fondent ensemble dans la même musique (DP avec François Corneloup, avec Louis Sclavis, avec Sylvain Kassap : ces instants où on saurait à peine démêler les sons).

Reprenons l’énoncé de la question : vous voulez bien visionner 2’00 (exactement deux minutes) d’un dialogue violon et baryton, DP et François Corneloup, Avignon, mai 2007 ? C’est ici :

Dominique Pifarély, François Corneloup (avec Eric Groleau, batterie) : dialogue violon & sax baryton, 2’00

Et d’autre part, qu’est-ce qui spécifie le violon, instrument le plus universel, le plus ancien (dans ses modèles d’origine à une seule corde frottée ? – aussi vieux que la flûte de roseau qui sert de même origine à ceux des anches ?), par rapport aux autres instruments à cordes ? Le piano a sans doute le même rapport de dérive mentale qu’autorise le violon – tant de musiciens jouent de leur instrument et de piano : ce n’est pas le cas de DP. Quand il compose, il écrit devant sa feuille blanche, et non pas assis devant clavier.

Mais le violon, qui est en prise avec l’architecture mentale, semble rendre physique ce qui est imaginé ou pensé, va vite et joue dans l’aigu, est-il d’un autre rapport au corps, via cordes pareillement frottées, que le violoncelle, dont la tessiture est plus grave, se tient entre ventre et genoux, et s’accorde à la voix ? DP joue beaucoup avec Vincent Courtois, j’aimerais l’entendre ici répondre, ou Vincent Segal (qui en ce moment joue acoustique dans les récitals poésie de Marianne Faithfull, musique aussi abstraite que celle de DP, dans ces répertoires-là, mais pas la même traversée sonore que dans ces duos qu’on essaye violon et texte)…

Est-ce que c’est rêver, de penser qu’un espace comme ce blog pourrait inaugurer ce genre de discussion, qu’on vous entende parler de ça, vous les musiciens ?

Les souffleurs (Kassap, Collignon) mêlent la voix à leur jeu, les violoncellistes (en tout cas Vincent S) aussi. Pas les violonistes. Je me souviens avoir longtemps eu près de moi le livre sur le violon de Yehudi Menuhin (pensée pour Ricardo Perlwitz, mai 2008, le livre était chez lui) intitulé simplement L’Art du violon : presque le premier tiers du livre était consacré à des exercices sans violon (exercices de respiration, d’étirements, ou bien, par exemple : un doigt de la main gauche essaye de se décoller du doigt de la main droite qui reste accroché, bout de doigt à bout de doigt), exercices donc tout de silence – et qui m’occupent en partie, dans ces heures que m’a apprises DP, être dans la salle longtemps avant le temps noir de la lecture…

Photos : ci-dessous le violon “acoustique” de DP (l’autre est équipé d’un chevalet Barcus Berry, pour les parties électriques), mais c’est celui-ci qu’il a dans les loges ou pour le travail, et dont il ne laissera jamais l’étui à deux mètres, ou dans la voiture, même si le bistrot du rendez-vous est juste en face. Et ci-dessus DP avec Sylvain Kassap, Banlieues Bleues, mars 2005.

dp_violon1

Laisser un commentaire