from Beirut : nehna wel amar wel jiran (*)

(*) nous, la lune et les voisins

_ juste avant de retourner au Liban, mi-août, ces histoires de pneus brûlés sur la route de l’aéroport : c’est leur façon de manifester, là-bas. Alors un vol d’Air France se déroute et va atterrir à Damas… Les Libanais rigolent, mais pas les passagers, qui ont perdu une journée pour pas grand-chose.

_ juste avant de partir, cette histoire d’enlèvements de Syriens par des mafieux de Baalbek. “Mokdad, collecting people”, persifle-t-on là-bas. Tentative ridicule d’importer les évènements de Syrie ? Ca ne marche pas.
_ encore un peu avant, ce ministre, vachement gentil, réputé calme et pacifique, chopé à la frontière libano-syrienne retour de Damas la bagnole bourrée d’explosifs, parce que le type engagé pour les utiliser flippe et le dénonce. On rigole moins, on se demande ce qui va encore dégringoler sur ce foutu pays.

_ juste avant de prendre l’avion, échos de Tripoli : ces types de deux quartiers mitoyens, pauvres d’entre les pauvres à qui on donne un M16 flambant neuf (il vient d’où, au fait ?) et 10 000 livres libanaises (5€) en disant, va tirer sur les autres en face, forcément tes ennemis, des salauds. Il n’y a qu’eux qui s’entretuent, ça ne marche pas vraiment.

En arrivant, on trouve les amis libanais tels qu’en eux-même, accueillants, chaleureux, et pourtant une légère ombre dans les mots et le sourire. Ca n’est peut-être pas pour demain, mais ça va arriver. Quoi, on ne sait pas, on a jamais su, sinon que c’est inéluctable, quand les grandes puissances veulent façonner le monde comme on travaille une poterie du souk. On paie les pots cassés, toujours.

Alors quoi faire, sinon les rejoindre, et préparer le festival comme utopie concrète ?

Un bout de filage d’une performance préparée sur place, avec Pierre Geagea (langues des signes), Yara Bou Nassar et Aurélien Zouki (comédiens), Stéphane Rives (électronique) et Oussama Abdel Fattah (oud), sur des textes de Ousni El Hadj, Mahmoud Darwich et Italo Calvino :

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Et un petit hommage à un des voisins, Camil, qui taquine 90 ans, et qui m’embrasse comme du bon pain chaque fois qu’il me voit — parfois plusieurs fois par jour, il oublie…

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Un immense merci aux passeurs Aurélien Zouki et Eric Deniaud, ainsi qu’à tout le collectif Kahraba, Rima Maroun et Camille Brunel, Danielle Kattar, Pierre Geagea et toutes les énergies qui se mobilisent pour faire de cet événement somme toute modeste un beau jaillissement poétique, au milieu d’un des derniers “villages” de la ville de Beyrouth. Et merci à Christian Zahr, auteur d’un très beau “banc public déconstruit” dans les escaliers Vendôme, et son hospitalité. Et comme toujours merci à Youssef Haïdar et Nada pour leur accueil (et la cuisine de Youssef au Chouf)…

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