divan orchestra : bien plus loin que les frontières qu’ils nous tracent

Einen Stiefelvoll Hirn / in den Regen gestellt : / es wird ein Gehn sein, / ein grosses, / weit über die Grenzen, / die sie uns ziehn.
Une bottée de cerveau / placée sous la pluie : / il y aura une marche, longue, / bien plus loin que les frontières / qu’ils nous tracent.
Paul Celan, Enclos du temps (trad. Martine Broda).
Après la lecture de Gaza, sans fiction : Il a hurlé le nom de ses filles. “Qu’est ce qu’on a fait ? J’espère que ce sera la fin. Si cela satisfait Livni et Barak et vos leaders, j’espère que mes enfants seront les derniers.” Pas de mots, évidemment, plus de mots, tout a déjà été dit.
“je ne vous en dirai rien
je ne vous en dirai rien
tout a déjà été dit
montré vu compris
que reste-t-il à dire
à vous   pourquoi
et pourquoi vous le dire
en quoi cela peut-il vous aider
et avez-vous besoin d’aide
ai-je moi-même besoin d’aide
les mots que vous me demandez n’ont de goût
de sens    un peu que pour moi-même
la guerre et sa réalité ont épuisé la vérité
des mots qui ne peuvent les dire
mots mort-nés    désuets et appauvris
mots vacants    impuissants à rendre le moindre souffle
or les mots que vous me demandez ne sont bons qu’à bâtir des fictions
raconter des histoires
or il n’y a pas d’histoire
et je n’ai rien à raconter
il n’y a qu’un peu de souffle
le souffle de la vie    le souffle de la guerre
et si je vous disais
n’aurais-je pas l’impression d’avoir été cambriolée
seule et nue au milieu de ma propre maison
vidée de fond en comble
ma maison qui n’est plus ma maison
mon quartier qui n’est plus mon quartier
ma ville    mon pays
les mots peuvent-ils dire les rafales qui courent
de porche en porche, de fenêtre en fenêtre
il n’y a pas d’histoire
les mots peuvent-ils dire les yeux grands ouverts
d’un enfant éveillé au milieu de la nuit
le silence installé    qui menace et fait peur
le vacarme du tonnerre    qui roule au ras des toits
les jardins saccagés
les rues défoncées    la poussière et la boue
les pylones électriques arrachés
le chemin des écoliers chaque jour réinventé
c’est un jeu et c’est drôle
ça fait rire les enfants
il n’y a pas d’histoire
le tumulte des sirènes qui courbe les passants
les ruptures de courant    le manque d’eau
le pain caché et confisqué
les courses furtives le soir dans les rues calmes et sales où s’entassent les ordures
les mots peuvent-ils le dire
les rêves qui insistent
la voisine de palier dont la porte est désormais fermée
les rires des enfants dans les caves
les naissances    les mariages fêtés dans les garages
le sucre    l’huile    le café    les comprimés qu’on accumule
et les petits échanges et les petits trafics qui mangent les journées
il n’y a pas d’histoire
il n’y a que ces petits voleurs égoïstes que nous sommes devenus    avec
l’avidité    la veulerie et la honte    qui rongent
et qui bivouaquent au plus profond de soi
les mots ne peuvent le dire
et toujours au coin de la rue
le jeune homme encore frêle  plein de morgue
arrogant et armé jusqu’aux dents et qui effraie mon fils    et
que mon fils admire
ces quartiers tour à tour interdits et bouclés
ces trêves imprévues    incomprises et usantes    qui sèment le désarroi
le vertige de l’attente
il n’y a pas d’histoire
et la campagne est proche
la montagne    le ciel où poussent les saisons
et un soleil inchangé au dessus de tout ça.”
Gilles Zaepffel, Nuits guerrières (Saïda, sud-Liban, août 1998).

Et puis parfois, on est fier, ou bêtement réconforté, que le rayonnement d’un musicien vienne éclairer, même faiblement, le désastre du monde. Alors donner à partager quelques mots, redire son admiration.

Le lien est devenu invalide, cette vidéo a été retirée. Au cours de son discours devant le Parlement israélien, Daniel Barenboim estimait que la politique de l’Etat hébreu envers les Palestiniens était en contradiction avec les valeurs humanistes sur lesquelles Israël a été créé en 1948.
“Une situation d’occupation et de contrôle d’un autre peuple peut-elle être en accord avec la déclaration d’indépendance (d’Israël) ?”, a-t-il déclaré, en ajoutant : “Existe-t-il une logique à l’indépendance d’un peuple au prix d’atteintes aux droits de l’homme basiques d’un autre peuple ?”


[…] Est-il suffisamment d’idées pour que je choississe mon pas final / Assez de pays pour que je dépose les mots sur le trottoir et me retire / Assez de mots pour bâtir des fenêtres qui ne s’ouvrent sur massacre / Suffisamment d’Histoire pour que je retrouve les louanges des peuples anciens ? / Suffisamment d’oubli pour que j’oublie et oublie […]
Mahmoud Darwich, Au dernier soir sur cette terre (trad. Elias Sanbar).


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