When Pifarely goes electric

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Lorsqu’on est sur scène ensemble, je sais le défi que représente pour Dominique la seule durée : dire un texte, ce n’est pas jouer d’un instrument, je lui mange l’espace, et il y a cette conduite du sens, la narration à rendre perceptible. Pourtant, je crois qu’il n’y a pas une micro seconde où je ne sois pas dans l’écoute de ce qu’il déstabilise, déconstruit, propose. Il y a toujours ces moments, étranges pour tous les deux, où voix et violon se confondent presque, diction et son.

Et puis, par intervalles, plus possible d’être ensemble : le violon dicte sa loi, il lui faut aller au bout de sa démarche. Alors je me recule un peu. Mais quand je vois Dominique, dans ces instants, plonger dans sa machine, j’ai l’impression que lui aussi obéit à cette loi d’autonomie de l’instrument, que l’instrument va devant.

Ainsi, voici deux instants d’un concert, à Château-Chinon, où nous proposions un voyage Baudelaire. Je dirais que dire Baudelaire, pour un auteur, c’est comme jouer Bach pour un violoncelliste.

Dans le premier extrait, Dominique est au violon électrique. On dirait, dans ces instants-là, qu’il y a une matière, et que la matière organise elle-même peu à peu les rythmes. Peut-on parler encore de violon, ou bien l’instrument c’est seulement l’ampli ? En tout cas l’ampli (les spécifications qu’il donne pour la location de l’ampli sont toujours très précises), est un instrument à part entière. Dans le deuxième extrait, Dominique a repris le violon acoustique : et, dans ces moments solo, c’est bien le violon qu’on honore, et un répertoire dont l’ascendance est multiple. Dans le premier morceau, électrique, je rentre avec un fragment de Baudelaire en prose, dans le second cas en vers : c’est aussi selon ce qu’il joue que je choisis, dans l’instant, le prochain texte – cela aussi c’est le dialogue.
Encore autant de questions posées à lui-même, le musicien.

À l’écoute :

–   Dominique Pifarély, solo électrique, suivi d’une prose de Baudelaire, Château-Chinon, avril 2007, 3’50

–  Dominique Pifarély, solo acoustique, suivi d’un sonnet de Baudelaire, Château-Chinon, avril 2007 , 4’05

Et si vous en voulez plus, le concert entier (merci Nevers D’Jazz) est sur tiers livre : horizon noir, dire Baudelaire

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