vies parallèles

pc280106tours et détours de l’échappée web…

Drôle d’expérience, tout de même, que de mettre textes et photos en ligne. De plus en plus habituel sur la toile, ça n’en devient pas facile pour autant. Le nombre ne fait pas la légitimité, et l’exigence première est sans doute d’y trouver un angle singulier. Pour ma part, venu au net depuis quelques années déjà, c’est un chemin pas très direct qui me conduit ici. Le 1er site, je l’avais imaginé un peu comme un jeu, multipliant les textes et citations cachés derrière les images, sans forcémentde rapport avec le contenu de la page. Comme si je voulais me dédouaner de faire un site de musicien, biographie, discographie, orchestres, très orienté pro, quoi. J’y allais par circonvolutions, tentant déjà d’y inclure quelques éléments qui devaient viser au delà du musicien. Technique de programmation limitée, évidemment, mais j’aurais aimé des pages mystérieuses, des chemins secrets, des fenêtres surgissantes (un peu plus joli que pop up, non ?…), des poèmes inattendus, des événements surprenants… Puis le site a changé, récemment, avec la distribution en ligne du label Poros éditions. Ce faisant, il a sans doute perdu un peu de son amateurisme et de sa fantaisie, si modeste qu’elle ait été.

On a souvent un mentor, sur ces chemins initiatiques… Ma dette à François Bon et à Tiers livre est ici largement (et très modestement) avouée et revendiquée, et ses amicales incitations auront eu raison de mes réserves. Donc, oui, réintroduire un espace plus ludique, plus souple, qui indique ce qui vient dans le travail, mais qui fait retour également, à côté du site “professionnel”.

Mais quoi y mettre, exactement ? Drôle comme la pression est plus forte dès lors que c’est identifié comme “blog” et non plus simplement “site”. Parce qu’investir ce champs-là, c’est s’approprier un autre langage (et le signer), fait d’écritures, d’images, de sons, et sur un support qui, pour être désormais familier, est tout de même en pleine expérimentation. En faire une sorte d’atelier, donner à voir, ou entendre, ce dans quoi on se meut jour après jour, de travail, réflexions, rencontres, souvenirs, projets, embûches, rêves, tentatives ? Peut-être. Mais pas obligé. Pas systématiquement. Et puis, il faut avoir le temps d’être précis, et on n’est pas forcément le mieux placé pour dire tout ça avec exactitude.

Alors assumer le vague, la divagation. L’expérimentation personnelle et humble dans l’écriture, les images qu’on donne à voir, avec la même précaution qu’on a à donner des sons. Pas intéressant ? Pas toujours, mais cet amateurisme-là, honnête, viendra peut-être éclairer, autant que la réflexion, le travail, exigeant, qu’on mène ailleurs et qui ne peut avoir lieu qu’ailleurs.

Après bref échange de commentaires lu sur “musicien photo” : Louis Sclavis n’est pas photographe. Je ne suis pas grand connaisseur en photographie. Mais dans ses images, j’entends réellement une résonnance, diffuse mais bien là, de ce que je connais au plus intime de sa musique : un certain découpage du temps (bizarre, hein, dans une image fixe…), un sens particulier de l’équilibre, une distance singulière à l’objet, un regard ludique, bref, j’y retrouve celui que je connais, sur scène comme à la ville… Ses photos donnent justement à voir celui qui photographie, qui nous fait accéder par une voie détournée à quelque chose de son jeu. On a le droit de se contenter des concerts et enregistrements, mais cette occasion d’excéder le territoire scénique nous parait une façon d’avancer encore, et (surtout) sur des trajectoires qui ne nous ont pas encore été assignées, et de nourrir ce qui tente d’échapper au spectacle.

Pas encore beaucoup de musiciens sur les blogs, mais ici, on a encore moins envie de rester entre nous.

En écoute, d’un Cd épuisé (Oblique), mais qu’on mettra peut-être en ligne un de ces jours, ce duo avec Louis :

2 thoughts on “vies parallèles

  1. “on a encore moins envie de rester entre nous.”

    “Pour Lester, une musique qui ne parlait que de musique est une musique muette. Sa vérité, la musique ne la trouve qu’en dehors d’elle-même. Si l’on a foi en elle, on ne devient musicien que par ambition de ne plus l’être.” Alain Gerber.

  2. t’en serre une, Dominique, après ce billet – même pas que suis en accord : mais ça ouvre un espace où on doit se risquer ensemble – et merci pour Obliques en ligne

Laisser un commentaire