rythmes scolaires et EAC*

rythmes scolaires et EAC*

*éducation artistique et culturelle

Tony Lainé
Eric Groleau, François Corneloup, Dominique Pifarély, Nicolas Brasart (dumiste), et les enfants du groupe scolaire Tony Lainé (Poitiers).

Le 7 octobre dernier, je parlais ici de la manière dont les tutelles, Education nationale et Culture, se préoccupaient des conditions faites aux artistes et formateurs des CFMI, alors même que l’injonction d’utilité leur était faite de plus en plus pressamment, faute d’avoir une idée cohérente, ou simplement éclairée d’un soutien réfléchi à la création. Drôle — mais pas très étonnant — de constater la légèreté des administrations, sur le plan social, les conditions d’emploi, dès lors qu’il est question des saltimbanques.

Alors que l’idée qui guide l’action des dumistes est bien, en plus d’un accès de qualité à la musique, sans a priori, de contrebalancer le poids écrasant de l’uniformisation, la simplification opérées par l’industrie, et visant à réinvestir des expériences musicales diverses, profondes et singulières, voici qu’on renvoie à présent l’expérience artistique dans le champs du divertissement, bien loin d’un apprentissage fondamental, qui devrait être au cœur de l’école.

Des discours au terrain, la distance n’a jamais été plus grande.

On reproduit ci-dessous une interpellation du Conseil des CFMI.

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Nouveaux rythmes scolaires et dumistes

Que la nécessaire réforme des rythmes scolaires ne vienne pas mettre à mal l’architecture d’une éducation musicale ambitieuse pour tous les élèves de l’école primaire !

dumistes : des artistes et musiciens professionnels en résidence pérenne à l’école primaire, titulaires du Diplôme Universitaire de Musicien Intervenant à l’école (DUMI)

Avertissement au lecteur : cette contribution du Conseil des CFMI est basée sur la conviction que l’éducation artistique et culturelle et donc l’éducation musicale participent aux apprentissages fondamentaux de l’école dans le droit fil du lire, écrire et compter.

Les points de départ de notre réflexion sont au nombre de 3 :

  • l’éducation musicale fait partie des enseignements obligatoires inscrits dans les programmes de l’école primaire
  • les ministères de la Culture, de l’Education nationale, et de l’Enseignement Supérieur ont décidé, depuis 1983, de former à l’Université des musiciens intervenant à l’école (les dumistes). Ces professionnels sont des acteurs du temps scolaire qui aident les professeurs des écoles à mettre en oeuvre ces programmes nationaux, les professeurs des écoles rencontrant souvent des difficultés dans ce domaine
  • le temps d’enseignement reste fixé à 24 heures par semaine et la réforme des rythmes scolaires ne touche pas aux équilibres horaires entre les disciplines de l’école primaire

En conséquence, la réforme des rythmes scolaires ne devrait pas modifier les interventions des dumistes à l’école dont l’ambition est que tous les enfants pratiquent la musique dans le temps scolaire, facteur d’une véritable démocratisation artistique et culturelle.

La contribution du Conseil des CFMI pourrait s’arrêter sur cette conclusion. Mais les vifs débats sur la place publique autour des nouveaux rythmes scolaires nous imposent de poursuivre :

à partir des constats suivants :

  • les collectivités locales sont sollicitées, en premier lieu, pour la mise en place de nouveaux rythmes scolaires (temps péri et extra scolaires)
  • la question de la qualification des animateurs pour encadrer les activités périscolaires est posée ainsi que celle de la disponibilité d’animateurs formés en nombre suffisant pour ces activités, les collectivités locales seront inévitablement à la recherche du moindre coût pour cet encadrement
  • les collectivités locales, pour nombre d’entre elles, sont déjà fortement engagées pour le développement de l’éducation artistique et culturelle notamment par l’emploi de dumistes
  • les dumistes ont un cadre d’emploi dans la Fonction Publique Territoriale : assistants territoriaux d’enseignement artistique : ce sont des personnels appelés à apporter leur concours aux enseignements artistiques sous la responsabilité des personnels enseignants (Article L911-6 – Code de l’Education)

à partir des subtilités et des sous-entendus suivants :

  • les activités périscolaires visent à favoriser l’accès de tous les enfants aux pratiques culturelles, artistiques, sportives, etc. (la réforme des rythmes à l’école primaire – guide pratique pour les maires – février 2013 / p.30)
  • or, on peut s’interroger sur le pourquoi de ces seules cibles. Les activités périscolaires ne pourraient-elles pas être mises au service d’un égal accès aux pratiques de la lecture, des mathématiques, de la maîtrise de l’écrit, de la construction du sens historique, de la constitution d’une culture scientifique et technique … ? On voit bien là poindre, consciemment ou non, les statuts différents conférés aux champs disciplinaires dont certains pourraient se satisfaire du hors temps scolaire
  • le danger est de situer les activités sportives, artistiques et donc d’éducation musicale implicitement dans le champ de la détente, de la récréation et du loisir. En conséquence, les placer dans des temps intermédiaires : la pause méridienne et le périscolaire, paraît une évidence. Or de nombreuses études prouvent que les activités musicales sont porteuses d’apprentissages fondamentaux demandant une attention soutenue ; c’est d’ailleurs pourquoi l’éducation musicale fait partie des programmes obligatoires de l’école
  • la circulaire officielle prévoit, outre les 24 heures hebdomadaires d’enseignement, une heure hebdomadaire d’« activités pédagogiques complémentaires » en périscolaire qui s’articule avec le projet d’école et qui prévoit la participation de l’enseignant. En ce cas, les dumistes peuvent y trouver leur place. Pour ce qui est des autres activités périscolaires où l’enseignant est absent, elles n’entrent pas dans le profil de poste du dumiste.

à partir des pratiques observées :

  • les dumistes ont acquis une expertise en matière d’intervention sur projet contractualisé avec les professeurs des écoles et validés par les inspections de l’Education nationale
  • les dumistes sont souvent rattachés aux conservatoires de musique quand ils existent sur leurs terrains professionnels. Ils jouent un rôle important, par exemple, dans le développement des orchestres à l’école qui eux peuvent entrer dans le cadre des activités pédagogiques complémentaires en périscolaire

En conclusion et dans la logique de la mise en place de nouveaux rythmes scolaires, les dumistes, acteurs avant tout du temps scolaire, peuvent étendre leur action sur les activités pédagogiques complémentaires qui reposent sur le lien avec les professeurs des écoles et le projet d’école.

Faire basculer les dumistes du temps scolaire sur les activités périscolaires serait méconnaître deux points essentiels :

  • la coopération professeurs des écoles/dumistes est au centre des pratiques pédagogiques et artistiques mises en oeuvre dans les écoles pour développer l’éducation musicale de tous les élèves. Elle s’appuie sur le rôle central que joue l’école pour la cohérence des apprentissages, le professeur des écoles étant le mieux à même de permettre à l’enfant d’opérer la synthèse harmonieuse entre l’ensemble de ses acquis
  • le rôle d’agent de développement culturel qui leur est reconnu notamment par leurs employeurs.

Ces professionnels ont su imaginer des projets fédérateurs de pratique artistique sur leurs territoires d’intervention, pour tous les enfants d’une école et pas seulement pour quelques enfants inscrits à un atelier périscolaire. Ces professionnels ont su construire, depuis 30 ans, des collaborations inventives avec les professeurs des écoles, inscrivant ainsi l’éducation musicale au coeur des apprentissages fondamentaux dont l’école a le souci. L’éducation musicale initiée par les dumistes ne se situe pas dans un temps récréatif.

Alain DESSEIGNE – Président du Conseil des CFMI

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