instructions pour un blog

Photographie n° 1 : scène, pizzicato.

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Est-ce le même instrument, lorsqu’on quitte l’archet et qu’on joue uniquement pizzicato ? Est-ce le même usage du pizzicato si c’est en acoustique, ou si c’est électrique avec les boucles ? À quel moment on décide que ce ne sera plus avec l’archet mais avec les doigts ?

Photographie n° 2 : la salle vide.

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Sur la scène, les balances, les réglages, les tentatives : les fragments de son qui viennent sont toujours ceux qui amorcent le flux à venir tout à l’heure. La matière Pifarély. Et puis, à un moment donné, c’est prêt. Comment on le sait ? À partir de ce moment-là, ne jamais revenir sur le plateau, pourquoi ? Mais on voit le musicien souvent assis au fond de la salle, immobile, pourquoi ?

Photographie n°3 & 4 : loges.

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Donc, une fois le plateau prêt, et dans les deux heures au moins qu’il reste avant de jouer, ne jamais se séparer du violon acoustique. Mais plus aucune bribe qui soit la musique jouée sur le plateau, ou qui sera jouée. On reconnaît les mondes source : Haydn, Bach. C’est le moment que j’aime bien, quand se laisser aller à toute cette mémoire (au fait, c’est quoi la mémoire d’un violoniste ? c’est comme on récite un texte, ou bien parce que les doits savent – Grappelli, Ponty, tant et tant d’autres). Et puis, tout à la fin, souvent, juste une gamme, très simple, très lente, qui dure. La game comme aboutissement. Une fois, un billet du blog s’intitulera simplement : gammes.

Photographie 5 : isolement.

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Toujours ce moment où plus rien, on dirait, ne le rejoint. Pourtant, ce ne sont pas des endroits de luxe. On a cantiné (ah, la gastronomie des loges, dans le circuit jazz, au bonheur des Lidl, Hyper U et autres commerces de proximité dans les zones où sont aussi placés les « espaces culturels » – la barquette de céléri rémoulade et le pâté sous plastique). Est-ce qu’il y a un travail volontaire à faire, pour arrêter le monde ou l’éloigner, ou préparer l’écoute ? Est-ce que le violon est présent, dans ces moments où, juste avant la scène, on s’en est séparé ?

Et il y a forcément un moment où passeront sur ce blog quelques musiciens, lassés de leur dispersion sur 36 MySpace, voire même un peu jaloux de l’intitiative DP, peut-être ils nous diront ici ce qu’il en est pour eux, de cette préparation, ces étapes ? Rituels, simples habitudes, obligations techniques ?

(photos : Nevers D’Jazz, mars 2007)

3 thoughts on “instructions pour un blog

  1. Le manger est important, le manger ensemble – entre les amateurs que nous sommes – l’est encore plus avant mais surtout après. C’est la vie d’artiste que nous trouvons alors, la vôtre. Il semble même que le flacon importe peu, le micro-onde nous honore et meme un vin rouge de l’Herault nous emportera !
    un rituel ? : faire la course au montage et au démontage de ma batterie, contre l’invisible.

  2. bien sûr complètement d’accord, en tout cas pour la vie littéraire ! sans compter qu’il y a un paquet d’adrénaline à écluser

    et les réflexions ci-dessus c’était bien sûr plutôt de l’amusement, aucune allusion gastronomique!

    la différence entre monde musique et monde livres, c’est ce temps « avant » le concert dont ont besoin les musiciens, tout préparer bien en amont du concert, d’où ce grand laps de temps, où il serait hors de question de s’éloigner…

  3. … hors de question de s’éloigner… Pas sûr que cela vaille pour tout le monde. Mais le manger ensemble, bien sûr. Corneloup rigolerait : « c’est ça qui fait le son du groupe ! » Plus sérieusement, c’est dans les interstices, comme souvent, que les choses s’élaborent, l’entre-deux, l’à-côté, donc, oui, c’est important. L’autre jour, à Argenteuil, on a préféré annuler le restau avant, et casser la croûte dans les loges, pour préserver ce moment.
    En revanche, ce qui se perd, c’est le « manger ensemble » après jusqu’à point d’heure ! Changement d’époque, problèmes de stationnement, restaurants qui ferment de plus en plus tôt, fatigue… 😉

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