lectures/performances
- juin 28th, 2009
- By D
… ou quel que soit le titre qu’on donne à ça.
avec François Bon
avec Violaine Schwartz
avec Pierre Baux

photo François Bon
Rare de pouvoir faire que s’enchevêtrent, s’embrassent, se confrontent ces deux paroles, celle du poète et celle du musicien, dans une relation libre, qui permette le discours de chacun sans renoncer à rien de sa propre autonomie. Pour le musicien, toujours cette équation : comment redire ce qu’il fabrique quotidiennement, de sons, de rythmes, de phrases, en se glissant tout de même dans le sujet du jour ? C’est évidemment le projet de l’improvisateur, non pas seulement improviser, mais s’improviser au milieu des autres.
Avec celui qui lit, qui dit, la chose se complique. Mais, toujours pour le musicien, incroyable puissance du sens, qui bouscule littéralement la conduite du discours musical, pour peu que celui-ci se pose comme tel : non pas accompagnement, illustration, mais bien discours articulé, organisé, proposant sa propre temporalité. Avec François Bon, pour moi, c’était vraiment le pari de la rencontre, si elle devait avoir lieu, ce devait être sur nos singularités. D’où, la 1ère fois, plus d’une heure et demi passée sur Rabelais, se
renvoyer les sons - richesse, complexité, mais immédiateté aussi de la musique de Rabelais. La rencontre : dire ce qu’on est, ne pas mentir, et écouter en même temps, deviner à chaque seconde ce qui nourrit ou ce qui empêche, changer de pas, mais avancer toujours. Puis, plus tard, sur les propres textes de François - l’expérience Tumulte sur une année - un bousculement plus vif encore : plus simple de déstabiliser Baudelaire ou d’Aubigné que celui, tout proche, qui parle de sa propre voix ? Jusqu’au récent “Peur”, écrit en allers-retours (le 1er thème, écrit, suit la prosodie d’un de ses textes), l’itinéraire de François, sur le rythme de ce qu’il écrit comme de ce qu’il dit, m’épate…
Avec Violaine Schwartz ou Pierre Baux, ce 1er contact aux Amandiers à Nanterre, les écouter swinger incroyablement sur un texte d’Olivier Cadiot, et me demander ce que j’entendais, un texte dit ou une
pièce contemporaine (j’apprendrai plus tard leur profonde fréquentation d’Arperghis). Pour tous, auteur ou interprètes, une formidable capacité à s’improviser disant, à parler, discuter avec la musique. D’où, avec Violaine, ces jeux d’ombres et de suspens sur le chemin de Ghérasim Luca, un immense respect du texte en même temps qu’une appropriation singulière, dans un dialogue constant avec ce que la musique propose. Si Luca lui-même donnait ses poèmes en récital, voici l’exact parallèle avec la musique. Ou avec Pierre, aller vers du narratif (Melville, pas facile encore de tenir sa route à côté d’une telle puissance), ou prendre les mots d’un auteur d’aujourd’hui (Pennequin), avec toujours cette cohabitation forte qui tente de construire une autre perception du monde. Acteur, chanteur, je ne sais plus très bien, parfois, la position qu’il prend. Simplement faire advenir quelque chose dans l’espace entre nos discours : un vertige.
Rare, donc, et pour moi précieuse par dessus tout, cette capacité qu’ils ont, chacun à leur manière, d’accueillir nos assemblages de sons, et de permettre “la circulation aléatoire entre ces différents niveaux comme une circulation « catastrophique », au sens où cette circulation implique des passages (katastophê « bouleversement », strophê « évolution ») d’un mode d’apparition du sens à un autre, du plus flou au plus net” (Lia Kurts-Wöste).
