Dominique Pifarély Quartet

New album : “Nocturnes” on Clean Feed Records

Release on April, 19th 2021

Buy on Clean Feed Records* website

Dominique Pifarély, violin | Antonin Rayon, piano | Bruno Chevillon, double bass | François Merville, drums

Any new recording by French violinist Dominique Pifarély is good news. Being his quartet with Antonin Rayon, Bruno Chevillon and François Merville his more enduring band, this former companion of the also French reedist Louis Sclavis benefits from the maturity of this project, gained through the years, but also from an attitude of always reinventing itself, going to places that were’nt explored before. Interesting would be to compare this “Nocturnes” with “Tracé Provisoire”, the album recorded by the Dominique Pifarély Quartet for ECM. If this previous one had the undistinguishable mark of Manfred Eicher’s production, the first evidence of difference when listening to “Nocturnes” is in Sound. More is to come, even if there’s similar poetic atmospheres and, as a composer (and a particularly brilliant at that task), Pifarély continues to put his writing at the service of the collective and of their improvisational work, be it the ensemble or the individual solos. Besides the pleasure these four exceptional instrumentalists give to our ears, the way in which the composed and the improvised intermingles in these collection of pieces is a very strong factor of enthusiasm.

Clean Feed Records*

Entre le sommeil et le songe,
Entre moi et ce qui en moi
Est l’être que je me suppose,
Coule un fleuve sans fin.

Il est passé par d’autres rives,
Toujours autres et plus lointaines,
Au cours de ces nombreux voyages
Que connaissent les fleuves.

Il est arrivé là où j’habite à présent,
Cette maison qu’à présent je suis.
Il passe, si je me médite ;
Si je m’éveille, il est passé.

L’être que je ressens et qui se meurt
Dans ce qui m’enchaîne à moi-même
Sommeille où le fleuve s’écoule –
Ce fleuve qui n’a pas de fin.

Entre o sono e o sonho,
Entre mim e o que em mim
É o quem eu me suponho,
Corre um rio sem fim.

Passou por outras margens,
Diversas mais além,
Naquelas várias viagens
Que todo o rio tem.

Chegou onde hoje habito
A casa que hoje sou.
Passa, se eu me medito ;
Se desperto, passou.

E quem me sinto e morre
No que me liga a mim
Dorme onde o rio corre —
Esse rio sem fim.

Between my sleeping and dreaming,
Between me and the one in me
Who I suppose I am,
A river flows without end.

In its meandering journeys,
Such as all rivers make,
It passed by other, different
Shores in far-off places.

It arrived at where I now live,
At the house that I am today.
If I dwell on myself, it passes ;
If I wake up, it already went by.

And the one I feel I am, who dies
In what links me to myself,
Sleeps where the river flows—
That river without end.

Fernando Pessoa (1888-1935) – 11-9-1933 – Traduit du portugais par Michel Chandeigne et Patrick Quillier


 Après avoir passé l’essentiel de ces dix dernières années à multiplier les propositions formelles innovantes, s’affranchissant chaque fois un peu plus des vieilles frontières de styles et de genres dans sa quête de territoires esthétiques hybrides susceptibles de rendre au mieux l’entrelacs de ses identités plurielles, Dominique Pifarély revient avec ce nouveau quartet à un format orchestral plus « classique », s’inscrivant sans ambiguïté dans les schémas instrumentaux traditionnels du jazz moderne. Ce serait néanmoins se méprendre sur les intentions du violoniste et compositeur que de percevoir dans ce choix la tentation d’un retour nostalgique vers quelque forme du passé, voire simplement la nécessité d’une pause dans une trajectoire artistique exigeante portée depuis toujours vers le dépassement de soi. Reprenant son travail d’exploration de ces zones instables entre improvisation et écriture dont il a désormais fait son domaine privilégié (que ce soit en duo avec le pianiste François Couturier ou plus récemment dans le cadre de son big band mutant Dédales), Pifarély, tout en en déclinant les propriétés et les séductions les plus immédiates, interroge ici les potentialités structurelles de son orchestre, le transformant en un formidable outil d’investigation, d’une puissance expressive et d’une plasticité formelle époustouflantes. Composé de quelques musiciens parmi les plus talentueux de la scène jazz européenne, ayant tous à des degrés divers croisé le chemin du violoniste au cours de sa carrière sans pour autant jamais se voir associés tels quels, ce quartet virtuose et d’une extraordinaire homogénéité, séduit par sa capacité à répondre de façons chaque fois différentes aux injonctions et désirs parfois contradictoires du leader, plus que jamais occupé par le projet d’articuler liberté et contraintes, expressions individuelles et collectives, sophistication formelle et improvisation spontanée. Démultipliant les cadres en une série de dispositifs compositionnels savants orientant précisément les énergies collectives tout en offrant à chaque instant une multitude de scénarios individuels possibles aux divers membres de l’orchestre, Pifarély propose ici une musique âpre, lyrique, sensuelle et abstraite, à la fois très finement dessinée dans ses contours et d’une grande fluidité dans ses développements formels estompant définitivement les limites entre les parties notées et celles ouvertes à l’improvisation. Redistribuant indéfiniment les équilibres et les lignes de forces en « recompositions » collectives instantanées, Pifarély et ses compagnons explorent ainsi une extraordinaire diversité de climats, passant de longues séquences méditatives ponctuées d’accords de piano fantomatique à de magnifiques échappées belles renouant sans arrière pensée ni distanciation avec le plaisir simple de la dépense, conscients de la nécessité de (re)mettre périodiquement en jeu cette façon décidément unique qu’a le jazz de se nourrir de la liberté individuelle pour alimenter une expression collective fondamentalement égalitaire.

Stéphane Ollivier

 


Having spent a large portion of the last decade attempting a wide range of innovative formal approaches, increasingly freeing himself from obsolete style and genre distinctions in a quest for a hybrid aesthetic territory where his multiple, interlacing identities can best coexist, Dominique Pifarély returns with this new quartet to a more “conventional” line-up, unambiguously embracing the instrumental canons of modern jazz. One would be mistaken, however, to misjudge the violinist/composer’s intentions and view his choice as a nostalgic desire to revive past forms, or even as the need for a break in his demanding artistic trajectory and tireless efforts to surpass himself. Resuming his exploration of those unstable areas between improvisation and composition which are his preferred territory (whether in his duet with pianist François Couturier or more recently with his mutant big band Dédales), Pifarély, while displaying the most immediate attributes and attractions, questions the structural potential of his band, turning it into a formidable investigative tool, staggering both in its expressive power and in its formal flexibility. Featuring some of the most talented musicians on the European jazz scene, all of whom had previously crossed paths with the violinist in the course of his career, this virtuoso, exceptionally homogeneous quartet charms with its ability to respond every time in a different way to the sometimes contradictory orders and desires of a leader who is more than ever preoccupied with the challenge of balancing freedom and constraints, individual and collective expression, formal sophistication and spontaneous improvisation. Creating a multiplicity of contexts through a series of clever compositional devices which precisely direct collective energy while leaving each member of the group a wide range of possible individual scenarios, the music on offer here is sharp, lyrical, sensual and abstract, very finely drawn in its outline yet of great fluidity in its formal developments, successfully blurring the line between what’s scored and what’s improvised. And so, endlessly reshuffling the balances and guidelines in spontaneous collective “re-compositions”, Pifarély and his bandmates explore an extraordinary diversity of atmospheres, ranging from long meditative sequences interspersed with ghostly piano chords to magnificent escapades with no ulterior motive but the simple pleasure of playing, aware of the necessity to periodically reassess jazz’s unique reliance on personal freedom to fuel an inherently democratic collective expression.

Stéphane Ollivier
English translation by Aymeric Leroy

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