Archive for the ‘poésie’ Category

prendre corps : récital Ghérasim Luca

Violaine Schwartz, voix, et Dominique Pifarély, violon

En 2002, en marge du spectacle Anabasis, où les voix de Violaine Schwartz et de Pierre Baux se mêlent à un chœur de chambre et aux improvisations de 6 instrumentistes, nous inaugurons à Strasbourg ce duo, voix et violon sur des poèmes de Paul Celan.

Ne pas noyer la poésie sous une masse sonore trop volumineuse. Inventer, donc, une musique de peu - qui ne serait pas une musique pauvre. Il y a toute la musique souhaitable (possible) dans un violon. Un petit violon. Un violon de rien, là, quelques notes. Parfois au contraire violon volubile.

Puis, à Lyon, à l’occasion d’un projet sur Fernando Pessoa, Le passage des heures, nous nous lançons, toujours en duo, sur Ghérasim Luca, pour le festival “Les Intranquilles” de la Villa Gillet.

Parfois jouer ensemble : voix+violon. Parfois voix seulement (voix moins violon). Parfois seulement violon (et même remarque que précédemment). En effet, dans le cadre d’une expérience fondée sur la co-présence de la voix et du violon, sitôt que l’on n’entend pas le violon, on l’attend. Et de même de la voix, dont on se demande où elle va surgir quand seul se fait entendre le violon. Pas de système, de systématique. Ne pas s’interdire.

Il y aura d’autres occasions, notamment à l’Atelier du Plateau, où Gilles Zæpffel, en passeur qu’il était des alliances magnifiques de sons et de mots, nous donne l’occasion d’expérimenter encore.

Souvent c’est la lecture qui donne le tempo. Mais pas toujours. Voir (entendre) comment, en conclusion de son solo sur « Passionément », le violon impose (ou propose) à la voix le bégaiement de son phrasé. C’est-à-dire que la lecture de Luca par le violoniste a précédé la lecture de Luca par la lectrice.

Violaine Schwartz/Dominique Pifarély

Et c’est logiquement à l’Atelier du Plateau que nous enregistrons devant le public ce récital, comme Ghérasim Luca nommait ses propres performances, dont certaines furent enregistrées. Les “partitions” qu’il nous laisse sont ainsi faites de l’assemblage des mots sur le papier et de leur interprétation sonore par lui-même. C’est donc avec le plus profond respect pour le texte mais aussi avec la volonté de lui donner un éclairage subjectif, sans lequel pas de survivance possible à aucune œuvre sonore donnée à l’interprétation, que nous livrons ce travail.

Dominique Pifarély

Ne pas croire que tout est maîtrisé ; ne pas croire non plus que tout est improvisé. [...] L’improvisation ne se confond en aucun cas avec le hasard. C’est une toute autre affaire. Mais qui risque la rencontre du texte et de la musique ne peut pas ne pas avoir affaire au hasard. Ou alors il faut écrire, fixer une fois pour toutes sur le papier, à la syllabe, à la note près le rapport ne varietur du texte et de la musique. Ce serait un mélodrame. Chanté, cela s’appellerait mélodie…

Yannick Séité, extraits du texte de pochette.

Commander Prendre corps (acdp 005, Poros éditions)

Violaine Schwartz, voix/Dominique Pifarély, violon. Poèmes de Ghérasim Luca, musique de Dominique Pifarély. Enregistré en public le 19 février 2006 à l’Atelier du Plateau par Etienne Bultingaire.

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Et à part ça, Violaine Schwartz, comédienne, chanteuse, publie ces jours-ci son 1er roman, La tête en arrière, chez P.O.L., et on est plutôt fier de l’annoncer ici…

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chants des enfants des cités de Poitiers

Un projet modeste (et donc précieux) réalisé cette année par Nicolas Brasart, dumiste au groupe scolaire Tony Lainé à Poitiers. Quelques chansons que j’ai écrites sur des poèmes d’Anne Portugal, chantées et jouées avec le concours de François Corneloup (sax. bar.), Josselin Arhiman (piano) et Eric Groleau (batt.)., par des enfants n’ayant jamais, pour la plupart, pratiqué chant ou musique.

Voici ce qu’en dit, après-coup, Nicolas :

Cet après-midi, j’ai montré aux élèves de Tony Lainé (trois projections successives) le dvd du concert du 10 juin, Place de France.
Ils se sont regardés et se sont entendus pour la première fois. Ils se sont jugés honnêtement (on articule pas assez, là c’est bizarre — le canon de “importateur de haies” — on crie et on chante pas — “Emilie” — on fait des grimaces) et je leur ai dit qu’ils avaient réussi quelque chose de difficile (mémoriser pas mal de musique et de texte, travailler avec régularité, se concentrer, écouter). Ils ont mieux compris le rôle de chaque musicien, ils ont réalisé la place qu’ils tenaient. Les enseignants me disent que les élèves ont aussi beaucoup reçu sur un autre plan : ils ont une bien meilleure image d’eux-même, ils se dévalorisent moins et parlent mieux d’eux-même depuis le concert.
Dans une des trois classes, une petite Delphine s’est levée pour chanter “Un voleur” a capella : une voix magnifique, juste et fragile, un phrasé délicat, sensible. On est tous resté silencieux à la fin. Pas d’enregistrement, je n’ai pas osé sortir mon téléphone pour ne pas rompre le charme.
Voilà une des mille façons qu’a eu ce concert de modifier le cours de vies que d’autres voudraient écrire à leur place, dans le béton et l’oubli de soi.

Nicolas Brasart

Voilà. C’est pas grand-chose, et c’est formidable. On espère que quelques-uns en retrouveront quelque chose, plus tard, un jour, qui les fera surplomber avec élégance les pauvres idées de notre personnel politique actuel pour lequel l’art ne semble pouvoir s’envisager que sous l’angle des industries culturelles.

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la part des choses

p4200048

Pour la nouvelle parution (n° 26) du journal des Allumés du Jazz, Jean Rochard me propose, en revenant sur le disque de Dédales, quelques questions sur la perception, l’écoute et les conditions de réception de la musique, et de mettre ça en relation avec le travail que nous faisons dans cet orchestre. Je reproduis ci-dessous cet entretien, mené par email.

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  • Dédale a créé le labyrinthe pour Minos, mais aussi le fil pour en sortir et même des ailes pour que son fils s’en envole. Ton ensemble s’appelle « Dédales ». La musique est-elle aujourd’hui devenue un labyrinthe similaire à celui de Crête ?

La musique comme lieu d’exploration de notre rapport au monde n’a de labyrinthique, éventuellement, que le chemin personnel qu’on y trace. Mais le labyrinthe, de prison, est aussi devenu un jeu, et chercher son chemin un impératif… Les conditions objectives au milieu desquelles nous tentons de vivre la musique, elles, sont sans doute singulièrement compliquées, mais autant dire : les conditions objectives au milieu desquelles nous tentons de vivre nous sont données en partage, et Dédales se met ici au pluriel.

  • Le rôle de la composition musicale est-il aujourd’hui différent de ce qu’il fut lors des siècles antérieurs ?

Pour moi, il s’agit surtout de mettre en forme, en narration, et d’essayer d’habiter momentanément dans une temporalité particulière : la chanson, la pièce improvisée, le concert, le bal, l’intervention musicale enfin, quel que soit le nom qu’on lui donne. Encore une fois, c’est surtout les conditions de réception qui ont changé, et qui modifient le regard qu’on porte sur la création musicale, qui, elle, ne change pas beaucoup de nature, me semble-t-il.

  • L’invention du concert public payant (XVIIIème siècle) permet à la musique d’investir le champ public et anonyme, en même temps que d’asseoir culturellement la montée d’une couche sociale ayant fortune mais n’appartenant pas à l’aristocratie. L’invention du phonographe fin du XIXème et popularisation début du XXème siècle bouleverse encore la donne. Ces deux facteurs, pour ne citer qu’eux, ont joué un rôle sur la réception bien sûr puis assez vite sur la création musicale elle-même. Comment et pourquoi les conditions de réception ont aussi changé ces dernières années (disons depuis que tu te produis en public) ?

Je crois fermement que le divertissement est aujourd’hui le mode de réception promu par quasiment tous les médiateurs de la musique, industriels bien sûr, mais également institutionnels. Historicisme au lieu d’une libre construction du temps et de la mémoire, désinvolture (plus ou moins) savante à l’égard de la langue, engouement plébiscitaire, de moins en moins de place pour le cheminement intérieur, on est bien loin des formes d’échange qui prévalaient, qu’elles soient dites « populaires » ou pas. Comment et pourquoi n’ont pas grand chose à voir avec l’évolution technique : pas d’autre réponse que politique.

  • Ta façon de penser la musique est-elle significativement perméable à ces changements des conditions de réception ?

Je cite Pierre Alferi : “Entre le renoncement désinvolte des « branchés » et le passéisme oiseux des « stylistes », il y a tout de même assez de place pour travailler.”

  • Le texte a une importance cruciale dans certains de tes projets, est-il un moyen de préciser cet espace-là ?

Sans doute une manière de déplacer la pratique, de viser juste à côté de l’objet attendu, afin d’échapper au trop entendu, mais aussi, et surtout, un moyen d’investir le poétique dans la musique, d’en faire une hésitation prolongée entre le son et le sens (Paul Valéry, à propos du poème), et de faire travailler l’inconscient. Musique et lecture, parmi les expériences fondatrices…

  • Le miracle est-il une notion musicale ?

Heu, je bloque, là… T’en as de bonnes, me parler de miracle… (Dominique, celui qui ne prêche pas).

  • Quittons donc l’inexplicable… Ludwig van Beethoven dit : « Ce qui compte dans l’effort, c’est avant tout l’action, plutôt que le résultat ». Qu’est-ce qui vaut, qu’est-ce qu’on estime, qu’est-ce qu’on partage ?

Entendre l’effort, c’est entendre le mouvement de la pensée, c’est percevoir le déplacement physique, sensible, du discours musical et donc la possibilité de faire le chemin soi-même. Un geste absent, ou désincarné, comme un geste divin, nous laisse impuissants, incapables de former une communauté active. Sans doute un enjeu de la musique aujourd’hui : reconquérir cette capacité à vivre la musique activement, et le partage de l’effort qui la fait naître…

  • A quel moment décides-tu d’écrire ? A quel moment fais-tu confiance à l’improvisé ? Que se passe-t-il dans l’espace intermédiaire ?

Pas d’espace intermédiaire, plutôt deux modes de fabrication, avec recherche d’une continuité du discours. Pas de hiérarchie donc, sinon toute personnelle : l’improvisation, pour moi outil premier, prend plus de place, qu’elle soit concertante ou bien qu’elle garantisse des contours toujours en mouvement. Ou encore qu’elle se suffise à elle-même comme double idéalisé de l’écriture.

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Prochains concerts de Dédales : mercredi 16 juin, Poitiers, vendredi 27 août, Saalfelden.

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dedales_pochette

DOMINIQUE PIFARELY
DÉDALES
Poros éditions acdp 004

Dominique Pifarély (violon), Guillaume Roy (alto), Hélène Labarrière (contrebasse)

Julien Padovani (piano), François Corneloup (sax. baryton), Vincent Boisseau (clarinettes),

Christiane Bopp (trombone), Pascal Gachet (trompette), Eric Groleau (batterie)

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le rap le plus long du monde

D' de KabalEvidemment, les rencontres sont essentielles. Mais elles ne deviennent vraiment importantes que lorsqu’on prend la peine de les construire, au fil du temps. On a croisé D’ de Kabal, à la scène ou à la ville, depuis longtemps déjà, à Montreuil, Bobigny, Minneapolis ou Paris, et on se réjouit de l’invit’ pour ce Rap le plus long du monde (!) en compagnie de DJ Fab, scratcheur/grooveur/imprimeur de sons, improvisateur du sens.

D’ de Kabal, texte, voix, DJ Fab, platines, Dominique Pifarély, violon, c’est jeudi 15 avril à 20h30, au WIP Villette, 211 avenue Jean Jaurès - 75019 Paris, et de toutes façons, la même semaine, D’ de Kabal Colonise la Chanson Française (on signale la présence de Marc Ducret le mercredi 14 au Centre Barbara-Goutte d’Or…).

Le site de D’ de Kabal, le MySpace de DJ Fab, et aussi 22′41″ d’un précédent concert avec D’ de Kabal et Pierre Baux.

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