instants suspendus

démission des pouvoirs, suite

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Montreuil, marché de la Croix de Chavaux
A Montreuil, les Instants Chavirés suspendent leur programmation

Avoir grandi à Montreuil (Seine-St-Denis), c’était, dit en vrac, avoir eu accès très tôt à un conservatoire exemplaire (avec atelier de musique contemporaine, improvisation, présence du jazz, tout ça début des années 70…), une bibliothèque précieuse, le voisinage de théâtres formidables (TGP, La Commune…), des concerts, des MJC et autres centres culturels de quartier avec découverte du rock, du free jazz, de la musique “trad” renaissante, mais aussi une agitation politique fertile, la proximité du campus de Vincennes, et une présence ouvrière encore forte, donc un lien solide entre tout ça : une cohérence à construire pour chacun entre des pratiques artistiques et des pratiques sociales et politiques, avec l’idée d’émancipation qui ne nous quittait pas.
Plus tard, toujours à Montreuil, des expériences sont nées, enracinées à divers titres dans cet héritage de la banlieue rouge. Les cinéastes n’y servaient pas encore, il est vrai, de cibles d’entraînement aux tirs de flash-ball. On a accompagné, en particulier, l’aventure née de l’association Désirs jazz (le mot “désir” lui aussi avec tout son héritage symbolique), qui conduisit aux Instants Chavirés. Comment dire en quelques mots l’importance de ce lieu pour quelques générations de musiciens et de spectateurs depuis les années 80 ? Simplement leur demander, à tous, où ils auraient pu travailler, donner à entendre, avancer, enregistrer, découvrir tout ce monde des musiques improvisées qui aujourd’hui, doit louer des salles pour se faire entendre. Mais c’est sans doute ça, précisément, qui est en cours : la précipitation vers le marché des pratiques non-majoritaires, non-consensuelles.

Entendu ce matin sur France-inter que le mécénat privé risquait de devenir une variable d’ajustement économique. Ah bon ! Et quid du soutien public ? Absence de volonté politique, ou volonté de contraindre à l’absence ? On lit ici et là des commentaires prudents sur l’inconscience des pouvoirs publics, leur ignorance, leur faiblesse d’analyse ou de conscience de la réalité telle qu’elle se vit dans de tels lieux, de telles expériences. Comment ne pas voir que l’absence de culture, de vécu poétique, de désir d’art, de volonté d’élévation est désormais le socle commun de la classe politique dans son ensemble ? Comment ne pas voir que le seul souci de la “gauche” en quête ou en position de pouvoir est de gérer ce qu’on aurait appelé, il n’y a pas si longtemps, la société bourgeoise, dont l’industrie de la culture constitue aujourd’hui un des liens les plus sûrs ?

L’absence de vergogne, trait caractéristique de la société française aujourd’hui, n’est plus l’apanage de la droite. C’est peut-être sa plus belle victoire.

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Voici le communiqué des Instants Chavirés, avec pétition en ligne :

Les Instants en suspens

Le jeudi 2 juillet 2009 nous apprenions brutalement que le solde de la subvention de fonctionnement du Conseil général de Seine-Saint-Denis allouée à notre association était amputé de 25.000 €, soit une baisse de plus de 19 %. À celle-ci se cumule la baisse de la subvention municipale de 7.000 €. En début d’année, la ville de Montreuil nous avait annoncé une diminution de 15.000 €, ramenée fin juin à une hauteur de 7.000 €.
C’est donc 32.000 € qui nous ont été retirés pour 2009.

Ces baisses de financement nous contraignent à annuler dans son intégralité la saison d’automne : concerts, projections vidéo et exposition. Le maintien même a minima d’une programmation nous entraînerait dans un déficit budgétaire que nous ne pouvons pas nous permettre.

Nous nous interrogeons sur le choix et les modalités de la décision du Conseil général et ignorons à ce jour sur quels diagnostics et analyses elle se base. Nous déplorons également l’excessif retard de cette décision.

Les façons de faire du Conseil général laissent à penser qu’il opte de façon délibérée pour une politique de fragilisation de l’association avec pour conséquence une asphyxie progressive mettant en danger l’avenir des Instants Chavirés. Comment envisager une programmation en 2010 dans ces conditions ?

Il faut mettre l’art là où il est indispensable, c’est-à-dire partout (Claude Lévêque, plasticien).

Nous affirmons qu’un lieu culturel intermédiaire comme les Instants Chavirés est un outil de complémentarité aux institutions : il contribue à la diversité de la proposition culturelle et joue un rôle fondamental dans l’accompagnement de l’émergence artistique depuis 18 ans. Y a-t-il encore une volonté politique de pérenniser dans le département de Seine-Saint-Denis et sur la ville de Montreuil, un lieu de diffusion et de production de renommée internationale axé sur la création contemporaine, aussi modeste soit-il ?

Nous demandons la mise en place d’une table ronde avec l’ensemble de nos interlocuteurs institutionnels pour assainir une relation partenariale déliquescente. Il est primordial de redéfinir ensemble les cadres financiers, au regard de la singularité de notre engagement artistique et de notre spécificité géographique et structurelle.

Nous vous invitons à signer la pétition en ligne, et à nous envoyer un courrier à l’attention de M. le Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone et/ou de Mme la Maire de Montreuil, Dominique Voynet, afin de leur signifier ce que représentent les Instants Chavirés dans le paysage culturel français et international, et exprimer votre attachement à la pérennité de ce projet.

Vous pouvez nous les adresser par email à l’adresse : soutiens@instantschavires.com, ou par courrier aux Instants Chavirés, 7 Rue Richard Lenoir 93100 Montreuil, nous ferons suivre aux intéressés.

Merci de diffuser ce communiqué le plus largement possible autour de vous

Association Muzziques – les Instants Chavirés

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