freedom now suite

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indiscipline

Pour le journal des Allumés du jazz, à paraître le 1er mai, Jean Rochard pose à quelques-uns la question suivante, banale, difficile et quotidienne : « jusqu’où l’engagement du musicien peut-il aller ? »

Question quotidienne, donc on a envie d’accéder à cette demande. Mais question rebattue, débattue mille fois, alors on hésite. La réponse est sans doute en chacun d’entre nous, valable pour lui seul, et au moment où il la formule. Je mets tout de même en ligne la mienne, prétexte à lui donner suite avec celles, virtuelles, de Daniel Baremboim et Jacques Dupin.

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C’est plutôt d’une limite basse qu’il faudrait parler.

Soit, par exemple : une pratique de son métier avec une sorte de « common decency », sans doute. S’attacher à évacuer tous les oripeaux, toutes les stratégies, habitudes et définitions organisées par le spectacle, ainsi que les transpositions hâtives venues du monde tel qu’il semble se construire, et se méfier de la langue des maîtres. Ne pas céder ici sur ce qui nous engage ailleurs.

Et comment parler de l’engagement sans penser la nature de celui-ci, ou son socle ?

Mais aussi : « […] occuper seul le terrain de l’angoisse. Le terrain de sa propre langue où tout est à faire. » (Charles Pennequin).

Soit : parvenir à faire une musique qu’on ne peut ni abandonner, ni asservir. Une musique qui nous engage.

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Daniel Baremboim : « La musique n’est pas séparée du monde ; elle peut nous aider à oublier et à comprendre simultanément. Dans un dialogue parlé entre deux individus, l’un attend que l’autre ait fini ce qu’il a à dire avant de répondre ou de commenter. En musique, deux voix dialoguent simultanément, chacune s’exprimant pleinement en écoutant l’autre. D’où la possibilité d’apprendre non seulement la musique, mais de la musique. (…) La leçon la plus difficile pour l’homme, en fin de compte – apprendre à vivre à la fois avec discipline et avec passion, avec liberté et avec ordre – se dégage à l’évidence de toute phrase musicale. »

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Jacques Dupin : « Si j’ai écrit que la poésie était absente, c’était d’abord un constat. Je pense qu’elle se situe, quel que soit le monde, dans la contestation, dans le contre-pouvoir, dans la négation de l’horreur qui se perpétue. Elle est, par son absence, sa blancheur, sa barre de fer chauffée à blanc, le seul horizon qui se pose radicalement contre : l’oppression, les massacres, le viol, la magouille, l’exclusion, le racisme, le trafic d’armes et d’organes, la prostitution des enfants, le génocide, etc… le catalogue est ouvert, est béant… »

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