Nuits guerrières (Théâtre Ecarlate, 1998)

spectacle théatral, musical et scuptural de
Gilles Zaepffel, Dominique Pifarély et Thierry Dufourmantelle
créé à Saïda,sud-Liban, août 1998

production du Théâtre Ecarlarte

texte et mise en scène : Gilles Zaepffel
musique : Dominique Pifarély

sculpture : Thierry Dufourmantelle

conseiller artistique et scénographie : Youssef Haïdar

chef de chœur : Olivier Opdebeek

lumière : Marc Sévenier
accessoires et costumes : Jean-Luc Moisson
régie générale et construction : Daniel Péraud

avec

Jacques Albaret : l’ange
Teferi Alemu : l’amnésique
Marius Dagpogan : Marius, Dieudonné
Renée Dick : la mémoire du monde
Alougbine Dine : Mohammad 1
Jean-Luc Moisson : Dieu
Ahmad Salah : Mohammad 2
Marguerite Sou : Yelli
Leslie Sévenier et Leda Mansour : les voix de Beyrouth

et

Dominique Pifarély, violon
Claire Merlet, alto
François Poli, violoncelle
Bruno Chevillon, contrebasse

et les enfants de la maîtrise d’Argenteuil

chargé de production : Bruno Thircuir
assistante : Juliette Honvault

Presse

Caroline Donati, La Croix, le 28/09/1998

« Je ne vous en dirai rien… La guerre et sa réalité ont épuisé la vérité des mots… ». Lida Mansour, la Palestinienne, Amal Isa, la Libanaise, Juliette Honvault, la Française, entonnent le monologue. Voix française aux sonorités palestiniennes pour Lida, voix arabe aux sonorités françaises pour Juliette, libanaises pour Amal. C’est le texte de Nuits guerrières, la dernière création du metteur en scène Gilles Zaepffel, élaborée et présentée au Liban, à Saïda, cet été.

Recueilli auprès d’une institutrice libanaise, ce texte dit son refus d’écrire la guerre. Gilles Zaepffel l’a adapté et mis en scène, avec Lida, Amal, Juliette, rencontrées à Saïda. Car Nuits guerrières est fait de rencontres qui se déclinent sur le thème de la guerre _ universelle _ et de la mémoire du monde. « Ces guerres que ma génération n’a pas connues, et dont les télévisions nous renvoient les images auxquelles nous ne réagissons plus. L’Erythrée, le Sénégal, le génocide rwandais, le conflit libanais, le problème palestinien », commente Gilles Zaepffel.

Saïda, à quelques kilomètres de la zone occupée par Israël, de la violence quotidienne, et des camps palestiniens. Pendant plus de deux mois, Gilles Zaepffel a transplanté sa compagnie _ la troupe parisienne du Théâtre écarlate _, ses acteurs fétiches français et africains (Béninois, Ethiopiens, Burkinabés) et douze enfants de la maîtrise d’Argenteuil dans le khan al-Franj (l’hôtellerie des Français), ce caravansérail qui accueillait jadis les voyageurs levantins en escale. Pour produire une grande fresque imaginée à quatre « voix » : Gilles Zaepffel pour le texte et la mise en scène, Dominique Pifarély pour la musique, Thierry Dufourmantelle pour la sculpture et Youssef Haïdar pour la scénographie.

Dans Nuits guerrières, on parle l’arabe, le français, le yoruba (Bénin), l’amharique (Ethiopie)… Qu’importe la langue, on communique. Olivier Opdebeeck, le chef de choeur, a auditionné en français les jeunes Palestiniens (les « bouches guerrières » du spectacle), Lida Mansour traduisait, Gilles Zaepffel rassemblait…

Dans ce presbytère maronite du XVIe siècle qui communique avec le khan al-Franj et le souk de la vieille ville, où la communauté des artistes s’est installée, les liens se sont tissés naturellement. Avec la ville, ses enfants. Avec la jeune fille de l’épicier qui a rejoint Jamila, Maryam, Roumi… et tous ces jeunes de Saïda initiés, pendant un mois et demi, au jeu théâtral par l’acteur français Jean-Luc Moisson. Ils jouent _ « avec une maîtrise remarquable », assure ce dernier _ Charles Péguy : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle… ».

Et puis il y a Ahmed Salch, Palestinien du camp de Tyr, débarqué un jour dans le khan « à la recherche de ces Français qui préparaient un spectacle ». La troupe s’était rendue à Ayn al-Heloué, le camp palestinien de Saïda, à la recherche de comédiens et pour découvrir comment on y vit. De camp en camp, la nouvelle s’est transmise. Jusqu’à Ahmed qui est venu se présenter. Il est, dans Nuits guerrières, Mohammad le Palestinien, qui accueille sur sa terre libanaise d’exil Mohammad le Béninois, lui aussi exilé (Alougbine Dine)… Ainsi se réunissent sur la scène des destinées tragiques, des souffrances qui, d’ordinaire, ne se rencontrent jamais et qui, dès lors, peuvent se comprendre.

Ces Nuits guerrières _ et tout le vécu qui a présidé à son élaboration _ ouvriront, du 1er au 4 octobre prochain, les Rencontres des cultures urbaines, à la Grande Halle de la Villette à Paris. Les « bouches guerrières palestiniennes », et les enfants de Saïda seront remplacés par les enfants de la maîtrise d’Argenteuil et des choristes de quatorze banlieues d’île-de-France… Mais le jeune Zahi al-Habach (13 ans), la voix française d’Ahmed le Palestinien, fera le voyage. Avec Jamila, Roumi, Carole, Amal et Lida. Pour permettre à Ahmed de dire en arabe la poésie du Palestinien Mahmoud Darwish, de jouer sa propre cause et enfin de faire entendre la musicalité de la langue arabe.

Caroline DONATI

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