Improviser, c'est se jeter. Convoquer tout
ce qu'on a appris, et l'oublier pour l'instant. Est-ce que cela a le même
sens pour les mots, qui signifient, et la musique, qui est souffle, cordes,
peaux, corps ? En duo, c'est plus simple : la voix et le violon vont par
un chemin si ancien, même lorsqu'on se risque à dire le présent
du monde. Mais lorsqu'il s'agit de la machine huilée et forte de
quatre musiciens, ayant chacun leur univers, et des règles pour
être ensemble ? En 2007, nous avons la chance d'être invités
par la scène nationale de Cavaillon : jouer dans des villages,
des bistrots de grande ville, des salles sous les immeubles. Quels mots
peuvent accompagner les musiciens, et signifier pour ceux qui nous écoutent :
quelle histoire, quel cri, et comment renvoyer cela sur la réalité,
souvent si dure, qui nous environne ? Survivent des images, des rêves,
des chambres. Se dessinent des silhouettes, celles qui passent dans la
ville, ou les morts que chacun on porte. C'est de cette forge qu'est né
Peur. Une question au monde, et, pour nous, entrer dans un étrange
alliage.
"On aurait dû plus se méfier : on aurait dû trouver. On s'en serait chargé sur le dos, on aurait emporté ça avec nous pour maintenant. On aurait trouvé la bonne ouverture pour maintenant. Mais on en porte tant, déjà : ils sont voûtés, ceux d'aujourd'hui, ils sont usés, ils ont peur. On n'a pas l'esprit tranquille, à chercher comme on fait : trop d'explosions, trop de fric, trop de ces visages lisses aux télévisions. On pourrait s'en débarrasser comment ? L'histoire commence là : une image devant toi et tu la laves des mains, tu veux la rendre plus nette et précise, tu veux comprendre ce qui se passe, tu veux agrandir les détails et savoir l'autre côté du cadre, le présent qu'on t'a fait tu voudrais déchirer l'image un tissu de papier et on marcherait de l'autre côté, ça y est : on voit quoi alors, dis ce que tu vois ?"
L'intégralité du texte de François Bon est disponible en téléchargement sur tierslivre.net