Paris – 22/09/11 – Atelier du Plateau – avec Julien Dourgnon – France

Heidelberg – 21/09/11 – Trio Lemke/Nendza/Hillmann avec Dominique Pifarély – Allemagne

zone libre, retour

Parler d’un projet, justifier une nécessité : expliquer ce qu’on ignore de l’avenir, qu’on écrit au contact, ou seul, ou pas vraiment, qu’on sait quoi mais pas comment, ou l’inverse. Expliquer qu’on a besoin de temps, juste pour être présent, que ce qu’on appelle écriture c’est ça, être présent à soi dans le temps.

Travaillé cet été sur le nouveau programme de l’ensemble Dédales, une heure de musique pour l’instant. Ces futures Géographies du temps seront créées en 2 étapes, 1ère en janvier prochain, seconde en mai. D’ici là, reprendre le travail avec François Couturier, écrire encore donc, et replonger dans l’intimité du duo. Et reconnecter avec l’électronique live, duo avec Michele Rabbia, puis trio à Rome avec un spécialiste du genre, l’italien Maurizio Giri — ça fera mise à niveau accélérée…

La perspective de reprendre Formes d’une guerre en décembre à Lyon, mais aussi au Liban, tout ça retravaillé à chaque fois — c’était l’idée de départ : un cadre, un principe de travail sur le numérique, et des formes  internes à reprendre en permanence —, me voilà ramené vers l’ordinateur comme partenaire actif. De nouvelles pistes se dessinent, solo, danse, capteurs HF, nouvelles images…

Je rassemble et fais remonter 4 enregistrements de travail, où le violon est la seule source première de sons, qui ensuite prolifèrent à travers les chemins mystérieux du traitement numérique en temps réel.

Soukoun 1

Gravas

Gravas 2.2

Soukoun 3

nous, la lune et les voisins

Beyrouth, 1, 2 et 3 septembre 2011

Depuis le centre-ville et la place des Martyrs, on prend par Gemmayzé, envahi par les bars et restaurants branchés — on entend à bonne distance qu’il est 2 heures du matin, fermeture officielle, ronflements de 4/4, avertisseurs puissants en boucle, cris… —, qu’on se hâte de dépasser, donc, puis on continue par la rue d’Arménie, plus calme, vers Mar Mikhael, et on arrive à l’escalier Vendôme. A l’angle, en bas à droite, le cinéma Vendôme vient d’être détruit, et une tour va le remplacer, barrant l’équilibre d’un quartier paisible, et la vue de ses hauteurs du même coup. On monte le long des plaques bleues qui masquent le chantier, et que la rouille transforme en abstractions lyriques. A mi-hauteur, c’est un village, chaises, fauteuils, café sur les tables basses, voisins qui devisent, ou qui somnolent.

J’ai rencontré Aurélien Zouki en 1997. Jeune étudiant en théâtre, il participait à l'”Hommage au Grand Théâtre” que Gilles Zaepffel montait à Beyrouth, et où, comme à son habitude, il mélangeait les genres et les gens : des comédiens français, musiciens libanais et français, une chorale arménienne, étudiants, amateurs, enfants… Cette expérience n’a sans doute pas quitté Aurélien, qui, avec Eric Deniaud et le collectif Kahraba, rassemble comédiens, musiciens, marionnettistes, graphistes, voisins, pour un festival dans les escaliers, sur les toits et dans les jardins de leur quartier, l’ancien quartier arménien, au bout d’Aschrafieh, à Beyrouth.

Nahna wil amar wil jiran – Nous, la lune et les voisins, titre inspiré par une célèbre chanson de Fayrouz, a duré 3 jours. On y a vu des chevaux de carton dévaler majestueusement la rue ou tourner au-dessus d’un immeuble, une chorale apparaitre et disparaitre, des marionnettes se séduire et se marier, du théâtre d’ombres. On y aura entendu, sur le toit transformé en diwan, des contes au clair de lune, des musiciens arméniens, des percussionnistes, une chanteuse, un joueur de aoud, une comédienne, du chant traditionnel qui aura fait onduler les corps…

J’y aurai rencontré de beaux artistes, enfin, qui cherchent, s’engagent, se donnent, dans le plus grand sérieux et l’abandon le plus joyeux.